À la rencontre d'eux

Loïs Daudruy et Quentin Lebegue portent au cinéma la libération de Maubeuge

Loïse Daudry et Quentin Bègue - Libération, le chemin de la résistance

Originaires d’Assevent et de Ferrière-la-Grande, Loïs Daudruy et Quentin Lebegue sont les cofondateurs de l’association Calciné. Tous deux co-scénaristes du court-métrage Libération, le chemin de la résistance, Loïs en assure la réalisation tandis que Quentin en est le producteur.

À travers ce projet ambitieux consacré à la libération de Maubeuge lors de la Seconde Guerre mondiale, ils proposent un regard à la fois historique et humain sur cette période.

Récompensé à deux reprises lors du festival Hellemmes le Cinéma, dont le prix principal, le film a également été sélectionné parmi les finalistes du Starlight International Film Festival de Varsovie et du Cannes Film Awards.

Ils reviennent sur ce projet empli de réussite lancé en avril 2024.

Pouvez-vous nous présenter votre film ?

Loïs Daudruy : Notre film raconte ce qu’il s’est passé à Maubeuge entre 1944 et 1945, juste avant la Libération. On suit l’histoire à travers le personnage de sœur Jeanne d’Arc, une infirmière de l’Hospice de Maubeuge qui a réellement existé.

Une première partie se concentre sur les civils, notamment la famille Nolleau, victime de représailles allemandes. Ensuite, on s’intéresse à la résistance et à ses actions, en particulier la libération du pont Michaux à Louvroil, qui était miné par les Allemands mais essentiel pour permettre aux Américains de libérer la ville et rejoindre Mons.

Et enfin, on a toute une partie sur l’arrivée des Américains et l’accueil de la population.

Comment est né le projet ?

Quentin Lebegue :

À la base, ce projet vient d’une demande de Nicolas Leblanc, élu à la culture à la ville de Maubeuge, dans le cadre des 80 ans des commémorations. Une reconstitution de la prise du pont de Louvroil devait être organisée, et il nous a été proposé de la filmer.

Le projet était donc au départ une captation événementielle. Puis Nicolas Leblanc nous a demandés : « Tu ne connais pas quelqu'un qui pourrait écrire un scénario ? » puis « Tu ne sais pas s'il y a quelqu'un qui pourrait produire ça ? »  Et je lui ai répondu : « On peut le faire ! Avec notre association on peut étudier le sujet. ».

Quand on s’est lancé dans le projet, on avait envie que ça rayonne au-delà de l'agglomération, de l'Avesnois, voire au-delà de la région. L’objectif, c’était de montrer que l’histoire locale fait partie de la « Grande Histoire ». On parle souvent des grands événements, mais ces petits axes-là méritent d'être mis en avant et c'est ce qu'on a fait à travers le film.

L. D On s'est dit que puisque personne n'en avait jamais parlé, il fallait qu'on le fasse et il fallait qu'on le fasse dans un format qui parle à tout le monde.

Les documentaires, c'est parfois un petit peu ennuyeux et on avait envie de faire un contenu qui plaise à tout le monde. On a choisi de passer par la fiction, tout en restant fidèles aux faits.

Personnellement, j'ai une sensibilité pour l’histoire. J'aime savoir ce qui s'est passé avant nous. Cette thématique m'a vraiment inspirée.

C’était aussi important pour nous de mettre en avant notre territoire, de montrer qu’on peut réaliser des projets ambitieux à Maubeuge et dans l’Avesnois.

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

Comment avez-vous conçu le scénario ?

L.D Sœur Jeanne d’Arc a tenu un journal de 1939 jusqu’à la Libération. Elle y raconte son quotidien pendant la guerre. Quand on a découvert ce journal et qu'on l'a lu, on a trouvé qu’elle avait une jolie plume, une vraie personnalité, qu'elle racontait des choses qui étaient fortes et authentiques.

Q.L On a ensuite mené beaucoup de recherches, compilé des documents, des archives, des témoignages. Le scénario a beaucoup évolué : on a réalisé neuf versions avant d’arriver à un film d’environ 25 à 30 minutes, alors qu’il devait initialement en faire cinq !

Pouvez-vous nous parler de l’équipe derrière le film ?

L.D On a essayé de garder une équipe qui était composée majoritairement des membres de l'association. Quand certaines compétences manquaient, on a élargi, tout en privilégiant des personnes du territoire ou de la région.

Pour certains postes spécifiques, on a dû aller chercher plus loin. Deux comédiens (qui parlent allemand) ainsi que la cheffe décoratrice viennent de Paris, cette dernière étant originaire de la région.

Crédits photos : Simon Queval

Comment s’est déroulé le tournage ?

L.D Le tournage a commencé en avril 2025. Il s’est étalé sur environ quatre mois, à raison d’un week-end sur deux, pour un total de 15 jours de tournage. Ce qui est déjà un beau défi !

Q.L En général, on était 30 à 50 personnes par jour de tournage. À l'exception du jour final où on était plus de 100 personnes !

Ce n’est pas toujours évident de mobiliser aussi longtemps une équipe de bénévoles. Mais c’était une superbe expérience et l’équipe était vraiment impliquée jusqu’au bout.

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

Avez-vous rencontré des difficultés ?

L.D : C’était la première fois qu’on menait un projet de cette envergure. Je pense que c’était une première pour la majorité de l’équipe.

Ça demande une grosse logistique, surtout avec un budget à gérer et l’envie de ne pas dépenser inutilement, alors qu’on mobilisait en permanence une cinquantaine de personnes sur les tournages.

Ça implique beaucoup d’organisation, notamment pour la régie, la nourriture, les transports. On a mis en place du covoiturage, on préparait à manger en grande quantité pour toute l’équipe.

Ce sont des aspects qu’on ne voit pas forcément à l’écran, mais qui ont un vrai impact sur le projet.

Q.L Après, il y avait aussi des contraintes assez spécifiques, comme la gestion des véhicules. On avait des chars, des véhicules historiques à déplacer, ce qui n’est pas courant. Il y avait aussi toute la partie assurance, qui a été assez stressante, et la gestion des lieux, avec l’équipe régie qui s’occupait de la sécurisation et des accès.

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

L.D Et puis la durée du projet a été un vrai défi. En tant que porteurs du projet, on l’a suivi de A à Z, et sur un format bénévole, ce n’est pas évident à tenir sur la durée.

Ça demande beaucoup de responsabilités, et forcément aussi des sacrifices pour réussir à tout mener correctement.

Réaliser un film d’époque implique-t-il des contraintes particulières ?

L.D Oui, forcément. La majorité des personnages du film ont réellement existé, donc on a voulu rester cohérents, notamment dans le choix des comédiens, pour qu’il y ait une vraie ressemblance.

Trouver les costumes n’a pas été évident. Notre cheffe costumière travaille uniquement avec des pièces authentiques, donc il a fallu mobiliser les réseaux de chacun, récupérer des vêtements, s’adapter.

Q.L Par chance, notre chef costumière a déjà un style très inspiré des années 40, donc ça a aidé.

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

L.D  Mais plus globalement, la partie historique a quand même imposé pas mal de contraintes. Il faut respecter le langage, les détails visuels, ce qui était plausible ou non à l’époque.  

On n’est pas un studio Hollywoodien, on ne peut pas recréer un décor de A à Z, donc on a travaillé avec des lieux existants et on a corrigé certains éléments en post-production, comme des fenêtres ou des boîtes aux lettres.

Mais en même temps, ça nous a permis d’avoir des décors authentiques, avec une vraie histoire et ça, c’était aussi très important pour nous.

Libération, le chemin de la résistance - hospice Maubeuge

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

Vous avez déjà remporté deux prix et êtes sélectionnés en festival, comment vivez-vous cette victoire ?

Q.L La première victoire, c’est déjà d’avoir réussi à aller au bout du projet, de l’avoir terminé et diffusé, et d’avoir eu des premiers retours.

L.D L’avant-première a été un moment vraiment marquant. On a réuni 450 personnes et rempli la plus grosse salle de cinéma de Maubeuge. Il y avait une espèce d'euphorie générale ce jour-là, autant du point de vue de l'équipe que du point de vue du public.

Après la projection, on a donné la parole au public. Et déjà à ce moment-là, ce que les gens nous disaient au micro, c'était incroyable. On était sur notre petit nuage et on s’est dit que le projet était réussi.

Et quand on a échangé avec les gens à la sortie, on s’est rendu compte que le pari était gagné, notamment quand des jeunes ou des enfants venaient nous dire qu’ils avaient aimé le film. C’était exactement ce qu’on voulait : toucher tous les publics.

Q.L Ces retours-là, c'est vraiment de l'or. On se dit que le travail et toutes les galères qu'on a eu, ce n’était pas pour rien !

Retour des spectateurs à l'avant-première

L.D D'ailleurs, j'irai même plus loin en disant que le film a aussi eu des retombées pour l'équipe. On a l’exemple de notre cheffe décoratrice qui a réussi à trouver du travail grâce à Libération. Elle était en recherche d'emploi depuis plusieurs mois et le projet lui a permis de décrocher un emploi au Puy du Fou.

Ça fait partie des victoires du film d’avoir pu aider les membres et les bénévoles à trouver du travail et à mettre en avant leurs compétences.

Q.L Mais évidemment, les récompenses en festival, c’est une vraie fierté !

Pouvez-vous nous en dire plus sur la diffusion du film ?

Q.L Le film a déjà été diffusé six fois. L’avant-première a eu lieu au cinéma Ociné de Maubeuge en septembre. Puis on l’a diffusé dans la salle Sthrau à Maubeuge, au cinéma le Clap à Hautmont, au centre socioculturel d’Assevent, à l’espace Casadesus de Louvroil et au cinéma Les Étoiles à Bruay- la-Buissière dans le Pas-de-Calais.

On va bientôt faire deux nouvelles projections. La première au cinéma L’Univers à Lille le 29 mai et l’autre au Kursaal d’Hellemmes le 18 juin.

En septembre, on aimerait le diffuser en direct sur notre chaîne YouTube, en parallèle d’une nouvelle projection, avant de le rendre.

La sortie sera accompagnée d’une série documentaire de six épisodes de 22 minutes, réalisée par un membre de l’association. L’objectif, c’est vraiment de montrer les coulisses du projet et tout le processus de création.

LD Des projets de cette envergure en associatif, c’est très rare, voire ça ne se fait presque jamais ! C’est aussi pour ça que c’était important pour nous d’avoir cette série documentaire à côté.

Ça permet de montrer tout ce que ça implique, comment ça s’est construit et, peut-être, de donner envie à d’autres associations ou à d’autres personnes de se lancer dans des projets similaires.

Crédits photos : Laëtitia Caron

Quel a été l’impact du court-métrage ?

Q.L Au sein de notre association, on a déjà des membres qui se sont dit : « Moi aussi, j’ai envie de faire quelque chose ! ». On a déjà quelques courts-métrages en préparation.

Ce ne sera peut-être pas la même envergure, mais ça a clairement suscité une envie de créer et c’est vraiment ce qu’on recherchait.

L.D Ça faisait déjà plusieurs années qu’on encourageait les membres à porter leurs propres projets, en leur indiquant qu’on pouvait aussi les accompagner. Le but, c’est que chacun puisse créer son projet et gagner progressivement en autonomie. Et je pense que Libération a vraiment eu cet effet-là : donner envie aux autres de se lancer.

Quels sont vos futurs projets ?

L.D On va se laisser un petit peu de temps. On ne sera pas porteurs de projet pendant un moment, mais on va continuer à accompagner les membres de l’association dans leurs projets respectifs.

Q.L Mais ça ne veut pas dire qu’on ne fait plus rien. Le projet continue à vivre. Il ne s’arrête pas à l’avant-première ou aux premières projections. On a encore des interviews, des projections, des interventions dans les écoles… Tout ça s’organise, et ça fait partie de la vie du film. C’est important pour nous de continuer à le faire vivre, surtout avec le message qu’il porte. C’est un message à la fois historique et cinématographique. Historique, parce qu’on montre que la guerre touche tout le monde, peu importe les classes sociales. Et cinématographique, parce qu’on montre qu’il n’y a pas que les projets étudiants ou professionnels : le monde associatif peut aussi exister dans ce milieu.

Crédits photos : Laëtitia Caron

L.D Il y a aussi un message positif derrière tout ça : montrer que même quand on pense ne pas avoir les moyens, on peut trouver des solutions. Il faut être inventif, aller chercher des ressources et surtout être motivé.

Q.L L’avantage du film, finalement, c’est qu’il y a de belles retombées. Il y a une certaine crédibilité qui se crée et une confiance qui n’est pas négligeable dans le milieu de la production audiovisuelle, notamment pour aller chercher de potentiels clients, même si ce n’est pas forcément dans la fiction. Il y a quand même un vrai travail qui a été fait, un travail qu’on peut aujourd’hui montrer. Et peut-être qu’un jour, cela permettra d’être repérés par un distributeur, ou d’ouvrir la voie à un film.

L.D On essaie de tout faire pour qu'un jour ce soit une réalité. En tout cas, c'est tout ce qu'on souhaite aux personnes qui sont dans l'association et à nous-même aussi finalement.

Originaires d’Assevent et de Ferrière-la-Grande, Loïs Daudruy et Quentin Lebegue sont les cofondateurs de l’association Calciné. Tous deux co-scénaristes du court-métrage Libération, le chemin de la résistance, Loïs en assure la réalisation tandis que Quentin en est le producteur.

À travers ce projet ambitieux consacré à la libération de Maubeuge lors de la Seconde Guerre mondiale, ils proposent un regard à la fois historique et humain sur cette période.

Récompensé à deux reprises lors du festival Hellemmes le Cinéma, dont le prix principal, le film a également été sélectionné parmi les finalistes du Starlight International Film Festival de Varsovie et du Cannes Film Awards.

Ils reviennent sur ce projet empli de réussite lancé en avril 2024.

Pouvez-vous nous présenter votre film ?

Loïs Daudruy : Notre film raconte ce qu’il s’est passé à Maubeuge entre 1944 et 1945, juste avant la Libération. On suit l’histoire à travers le personnage de sœur Jeanne d’Arc, une infirmière de l’Hospice de Maubeuge qui a réellement existé.

Une première partie se concentre sur les civils, notamment la famille Nolleau, victime de représailles allemandes. Ensuite, on s’intéresse à la résistance et à ses actions, en particulier la libération du pont Michaux à Louvroil, qui était miné par les Allemands mais essentiel pour permettre aux Américains de libérer la ville et rejoindre Mons.

Et enfin, on a toute une partie sur l’arrivée des Américains et l’accueil de la population.

Comment est né le projet ?

Quentin Lebegue :

À la base, ce projet vient d’une demande de Nicolas Leblanc, élu à la culture à la ville de Maubeuge, dans le cadre des 80 ans des commémorations. Une reconstitution de la prise du pont de Louvroil devait être organisée, et il nous a été proposé de la filmer.

Le projet était donc au départ une captation événementielle. Puis Nicolas Leblanc nous a demandés : « Tu ne connais pas quelqu'un qui pourrait écrire un scénario ? » puis « Tu ne sais pas s'il y a quelqu'un qui pourrait produire ça ? »  Et je lui ai répondu : « On peut le faire ! Avec notre association on peut étudier le sujet. ».

Quand on s’est lancé dans le projet, on avait envie que ça rayonne au-delà de l'agglomération, de l'Avesnois, voire au-delà de la région. L’objectif, c’était de montrer que l’histoire locale fait partie de la « Grande Histoire ». On parle souvent des grands événements, mais ces petits axes-là méritent d'être mis en avant et c'est ce qu'on a fait à travers le film.

L. D On s'est dit que puisque personne n'en avait jamais parlé, il fallait qu'on le fasse et il fallait qu'on le fasse dans un format qui parle à tout le monde.

Les documentaires, c'est parfois un petit peu ennuyeux et on avait envie de faire un contenu qui plaise à tout le monde. On a choisi de passer par la fiction, tout en restant fidèles aux faits.

Personnellement, j'ai une sensibilité pour l’histoire. J'aime savoir ce qui s'est passé avant nous. Cette thématique m'a vraiment inspirée.

C’était aussi important pour nous de mettre en avant notre territoire, de montrer qu’on peut réaliser des projets ambitieux à Maubeuge et dans l’Avesnois.

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

Comment avez-vous conçu le scénario ?

L.D Sœur Jeanne d’Arc a tenu un journal de 1939 jusqu’à la Libération. Elle y raconte son quotidien pendant la guerre. Quand on a découvert ce journal et qu'on l'a lu, on a trouvé qu’elle avait une jolie plume, une vraie personnalité, qu'elle racontait des choses qui étaient fortes et authentiques.

Q.L On a ensuite mené beaucoup de recherches, compilé des documents, des archives, des témoignages. Le scénario a beaucoup évolué : on a réalisé neuf versions avant d’arriver à un film d’environ 25 à 30 minutes, alors qu’il devait initialement en faire cinq !

Pouvez-vous nous parler de l’équipe derrière le film ?

L.D On a essayé de garder une équipe qui était composée majoritairement des membres de l'association. Quand certaines compétences manquaient, on a élargi, tout en privilégiant des personnes du territoire ou de la région.

Pour certains postes spécifiques, on a dû aller chercher plus loin. Deux comédiens (qui parlent allemand) ainsi que la cheffe décoratrice viennent de Paris, cette dernière étant originaire de la région.

Crédits photos : Simon Queval

Comment s’est déroulé le tournage ?

L.D Le tournage a commencé en avril 2025. Il s’est étalé sur environ quatre mois, à raison d’un week-end sur deux, pour un total de 15 jours de tournage. Ce qui est déjà un beau défi !

Q.L En général, on était 30 à 50 personnes par jour de tournage. À l'exception du jour final où on était plus de 100 personnes !

Ce n’est pas toujours évident de mobiliser aussi longtemps une équipe de bénévoles. Mais c’était une superbe expérience et l’équipe était vraiment impliquée jusqu’au bout.

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

Avez-vous rencontré des difficultés ?

L.D : C’était la première fois qu’on menait un projet de cette envergure. Je pense que c’était une première pour la majorité de l’équipe.

Ça demande une grosse logistique, surtout avec un budget à gérer et l’envie de ne pas dépenser inutilement, alors qu’on mobilisait en permanence une cinquantaine de personnes sur les tournages.

Ça implique beaucoup d’organisation, notamment pour la régie, la nourriture, les transports. On a mis en place du covoiturage, on préparait à manger en grande quantité pour toute l’équipe.

Ce sont des aspects qu’on ne voit pas forcément à l’écran, mais qui ont un vrai impact sur le projet.

Q.L Après, il y avait aussi des contraintes assez spécifiques, comme la gestion des véhicules. On avait des chars, des véhicules historiques à déplacer, ce qui n’est pas courant. Il y avait aussi toute la partie assurance, qui a été assez stressante, et la gestion des lieux, avec l’équipe régie qui s’occupait de la sécurisation et des accès.

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

L.D Et puis la durée du projet a été un vrai défi. En tant que porteurs du projet, on l’a suivi de A à Z, et sur un format bénévole, ce n’est pas évident à tenir sur la durée.

Ça demande beaucoup de responsabilités, et forcément aussi des sacrifices pour réussir à tout mener correctement.

Réaliser un film d’époque implique-t-il des contraintes particulières ?

L.D Oui, forcément. La majorité des personnages du film ont réellement existé, donc on a voulu rester cohérents, notamment dans le choix des comédiens, pour qu’il y ait une vraie ressemblance.

Trouver les costumes n’a pas été évident. Notre cheffe costumière travaille uniquement avec des pièces authentiques, donc il a fallu mobiliser les réseaux de chacun, récupérer des vêtements, s’adapter.

Q.L Par chance, notre chef costumière a déjà un style très inspiré des années 40, donc ça a aidé.

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

L.D  Mais plus globalement, la partie historique a quand même imposé pas mal de contraintes. Il faut respecter le langage, les détails visuels, ce qui était plausible ou non à l’époque.  

On n’est pas un studio Hollywoodien, on ne peut pas recréer un décor de A à Z, donc on a travaillé avec des lieux existants et on a corrigé certains éléments en post-production, comme des fenêtres ou des boîtes aux lettres.

Mais en même temps, ça nous a permis d’avoir des décors authentiques, avec une vraie histoire et ça, c’était aussi très important pour nous.

Libération, le chemin de la résistance - hospice Maubeuge

Crédits photos : Faustine Manier, Yohann Legrix, Florian Thoraval, Hugo Bellenger

Vous avez déjà remporté deux prix et êtes sélectionnés en festival, comment vivez-vous cette victoire ?

Q.L La première victoire, c’est déjà d’avoir réussi à aller au bout du projet, de l’avoir terminé et diffusé, et d’avoir eu des premiers retours.

L.D L’avant-première a été un moment vraiment marquant. On a réuni 450 personnes et rempli la plus grosse salle de cinéma de Maubeuge. Il y avait une espèce d'euphorie générale ce jour-là, autant du point de vue de l'équipe que du point de vue du public.

Après la projection, on a donné la parole au public. Et déjà à ce moment-là, ce que les gens nous disaient au micro, c'était incroyable. On était sur notre petit nuage et on s’est dit que le projet était réussi.

Et quand on a échangé avec les gens à la sortie, on s’est rendu compte que le pari était gagné, notamment quand des jeunes ou des enfants venaient nous dire qu’ils avaient aimé le film. C’était exactement ce qu’on voulait : toucher tous les publics.

Q.L Ces retours-là, c'est vraiment de l'or. On se dit que le travail et toutes les galères qu'on a eu, ce n’était pas pour rien !

Retour des spectateurs à l'avant-première

L.D D'ailleurs, j'irai même plus loin en disant que le film a aussi eu des retombées pour l'équipe. On a l’exemple de notre cheffe décoratrice qui a réussi à trouver du travail grâce à Libération. Elle était en recherche d'emploi depuis plusieurs mois et le projet lui a permis de décrocher un emploi au Puy du Fou.

Ça fait partie des victoires du film d’avoir pu aider les membres et les bénévoles à trouver du travail et à mettre en avant leurs compétences.

Q.L Mais évidemment, les récompenses en festival, c’est une vraie fierté !

Pouvez-vous nous en dire plus sur la diffusion du film ?

Q.L Le film a déjà été diffusé six fois. L’avant-première a eu lieu au cinéma Ociné de Maubeuge en septembre. Puis on l’a diffusé dans la salle Sthrau à Maubeuge, au cinéma le Clap à Hautmont, au centre socioculturel d’Assevent, à l’espace Casadesus de Louvroil et au cinéma Les Étoiles à Bruay- la-Buissière dans le Pas-de-Calais.

On va bientôt faire deux nouvelles projections. La première au cinéma L’Univers à Lille le 29 mai et l’autre au Kursaal d’Hellemmes le 18 juin.

En septembre, on aimerait le diffuser en direct sur notre chaîne YouTube, en parallèle d’une nouvelle projection, avant de le rendre.

La sortie sera accompagnée d’une série documentaire de six épisodes de 22 minutes, réalisée par un membre de l’association. L’objectif, c’est vraiment de montrer les coulisses du projet et tout le processus de création.

LD Des projets de cette envergure en associatif, c’est très rare, voire ça ne se fait presque jamais ! C’est aussi pour ça que c’était important pour nous d’avoir cette série documentaire à côté.

Ça permet de montrer tout ce que ça implique, comment ça s’est construit et, peut-être, de donner envie à d’autres associations ou à d’autres personnes de se lancer dans des projets similaires.

Crédits photos : Laëtitia Caron

Quel a été l’impact du court-métrage ?

Q.L Au sein de notre association, on a déjà des membres qui se sont dit : « Moi aussi, j’ai envie de faire quelque chose ! ». On a déjà quelques courts-métrages en préparation.

Ce ne sera peut-être pas la même envergure, mais ça a clairement suscité une envie de créer et c’est vraiment ce qu’on recherchait.

L.D Ça faisait déjà plusieurs années qu’on encourageait les membres à porter leurs propres projets, en leur indiquant qu’on pouvait aussi les accompagner. Le but, c’est que chacun puisse créer son projet et gagner progressivement en autonomie. Et je pense que Libération a vraiment eu cet effet-là : donner envie aux autres de se lancer.

Quels sont vos futurs projets ?

L.D On va se laisser un petit peu de temps. On ne sera pas porteurs de projet pendant un moment, mais on va continuer à accompagner les membres de l’association dans leurs projets respectifs.

Q.L Mais ça ne veut pas dire qu’on ne fait plus rien. Le projet continue à vivre. Il ne s’arrête pas à l’avant-première ou aux premières projections. On a encore des interviews, des projections, des interventions dans les écoles… Tout ça s’organise, et ça fait partie de la vie du film. C’est important pour nous de continuer à le faire vivre, surtout avec le message qu’il porte. C’est un message à la fois historique et cinématographique. Historique, parce qu’on montre que la guerre touche tout le monde, peu importe les classes sociales. Et cinématographique, parce qu’on montre qu’il n’y a pas que les projets étudiants ou professionnels : le monde associatif peut aussi exister dans ce milieu.

Crédits photos : Laëtitia Caron

L.D Il y a aussi un message positif derrière tout ça : montrer que même quand on pense ne pas avoir les moyens, on peut trouver des solutions. Il faut être inventif, aller chercher des ressources et surtout être motivé.

Q.L L’avantage du film, finalement, c’est qu’il y a de belles retombées. Il y a une certaine crédibilité qui se crée et une confiance qui n’est pas négligeable dans le milieu de la production audiovisuelle, notamment pour aller chercher de potentiels clients, même si ce n’est pas forcément dans la fiction. Il y a quand même un vrai travail qui a été fait, un travail qu’on peut aujourd’hui montrer. Et peut-être qu’un jour, cela permettra d’être repérés par un distributeur, ou d’ouvrir la voie à un film.

L.D On essaie de tout faire pour qu'un jour ce soit une réalité. En tout cas, c'est tout ce qu'on souhaite aux personnes qui sont dans l'association et à nous-même aussi finalement.

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